LE GOÛT AVANT LE RENDEMENT

Depuis le premier jour, nous avons adopté une politique sans produit chimique. Ceci est important, d’autant plus qu’il est tout à fait habituel pour les exploitations agricoles de commencer leurs plantations en utilisant des substances chimiques abondantes, pour relancer et accélérer la croissance initiale des arbres jusqu’à ce qu’ils soient suffisamment productifs (habituellement entre 5 et 7 ans après la plantation) et de se convertir ensuite aux principes d’agriculture biologique. Nous croyons cependant que la nature ne peut pas, et ne doit pas, être forcée et que l’on doit donner à tous les organismes naturels tout le temps nécessaire pour porter leurs fruits. La différence entre les deux approches se résume au compromis habituel entre l’économie (des récoltes plus importantes et précoces) et la qualité (de l’huile pure, non forcée). À Querubi, notre unique intérêt est de produire une huile d’olive naturelle la plus pure possible. Nous produisons pour le goût, et non pas pour le rendement.

AGRICULTURE NATURELLE

Toute agriculture naturelle commence par le sol. Comme nous l’avons dit, la majorité de nos sols n’a jamais été cultivée auparavant. Nous avons défriché, retourné et préparé les sols nous-mêmes (le plus souvent à la main). Nous avons également planté tous nos jeunes arbres à un an en respectant l’espacement traditionnel. Nous avons parlé à un grand nombre d’agriculteurs biologiques dans différents pays (Amérique, Afrique du Sud, Espagne, Chili et France) et nous avons développé et testé de nouvelles idées d’agriculture biologique. Toutes n’ont pas été concluantes, mais après plus de 10 ans d’expérimentations, nous sommes arrivés à bout de la majorité des défis et avons trouvé ce qui nous convenait. Peut-être devrions-nous vous donner une brève vue d’ensemble des difficultés auxquelles nous faisons face en tant qu’agriculteurs biologiques. Tout oléiculteur vous dira que la gestion d’une oliveraie de haute qualité revient à choisir un sol adéquat et de réfléchir ensuite au besoin et au type de fertilisation. Ensuite, il y a un large choix quant à la manière de planter les arbres, et après cela, elle se résume à faire correctement les 3 choses suivantes :
(1) le contrôle de la mauvaise herbe ;
(2) une irrigation appropriée ;
(3) la protection des fruits contre les effets dévastateurs de la mouche de l’olivier.

UN SOL VIERGE

La santé d’un sol ou sa qualité sont définis par sa capacité continue à fonctionner comme un écosystème vivant, subvenant aux besoins des plantes, des animaux et des humains. Cet écosystème vivant exige une gestion délicate et prudente, assurant un maintien durable pour les générations futures. Pour ce faire, nous devons nous souvenir que le sol contient des organismes vivants, qui, lorsque assurés d’éléments de première nécessité à la vie (nourriture, refuge et eau), exécutent des fonctions essentielles, nécessaires pour la production de nourriture et de fibres. De bons sols sains font équipe avec la vie. Il y a des milliards de bactéries, de champignons et autres microbes actifs, qui forment la base d’un écosystème symbiotique élaboré et élégant. Puisque seuls les phénomènes « vivants » sont susceptibles d’avoir la santé, considérer le sol comme un écosystème vivant reflète un changement fondamental dans la manière dont nous devons nous soucier de nos sols. L’utilisation de produits chimiques synthétiques (engrais chimiques, herbicides, pesticides etc) sur nos sols (en association avec une culture et une irrigation excessives) a un impact dévastateur sur l’équilibre fragile de cet écosystème élégant, éliminant souvent toutes formes de vie utiles et aboutissant à un « sol mort », c’est à dire, un sol qui ne sera plus cultivable par les générations futures. Il a été estimé que, pendant les 50 dernières années, à peu près la moitié de tout le sol agricole européen a été sévèrement détérioré par l’usage de produits chimiques synthétiques.

UNE NATION QUI DÉTRUIT SON SOL, S’AUTO-DÉTRUIT
FRANKLIN D. ROOSEVELT

C’est la raison principale pour laquelle, à Querubi, nous avons décidé de n’utiliser aucune substance chimique. Nous souhaitons simplement nous assurer que nous remettons notre exploitation à la génération suivante avec des terres en parfaite santé. Mais il y a un autre facteur : nous savons aujourd’hui qu’il n’y a aucun besoin rationnel d’utiliser des produits chimiques synthétiques pour résoudre des problèmes agricoles. Nous savons aussi qu’il y a de nombreuses solutions biologiques – souvent moins coûteuses – pour relever tous les défis agricoles possibles. Il suffit de bien écouter les agriculteurs qui n’ont pas les moyens d’utiliser des produits chimiques et d’être ouverts à leurs suggestions.

PLANTATION TRADITIONNELLE

En utilisant un espacement de six sur six mètres, nous avons opté pour un verger traditionnel de basse densité (250 arbres par Ha), par opposition aux vergers à haute densité (750 arbres par Ha) ou vergers à extra-haute densité (jusqu’à 3000 arbres par Ha). Il est tout à fait étonnant de voir ces vergers à extra-haute densité : puisque le sol ne peut pas fournir les substances nutritives suffisantes pour ceux-ci, il a besoin de compléments constants en fertilisants qui sont disponibles uniquement sous forme synthétique. L’application de ce type d’engrais endommage profondément la santé du sol et conduit à un besoin renouvelé de fertilisation et en conséquence une spirale descendante rapide et négative sur la santé du sol et la qualité de l’huile produite. D’où notre choix pour une plantation traditionnelle à basse densité.

FERTILISATION

À ce jour, nous étudions encore le niveau et le type de fertilisation exigés (dans nos moments plus contemplatifs, nous estimons que les arbres n’ont probablement aucun besoin de fertilisation, mais les arbres eux-mêmes pourraient ne pas être d’accord), traitant les arbres atteints de maladies (nous préférons remplacer plutôt que de traiter) et le juste niveau d’émondage, mais nous n’arrêterons probablement jamais d’expérimenter.

CONTRÔLE NATUREL DES MAUVAISES HERBES

Les mauvaises herbes rivalisent avec les oliviers pour les substances nutritives du sol et l’humidité : moins il y a de mauvaises herbes autour des arbres, plus les arbres profiteront. La solution la plus simple et probablement la plus rentable serait d’utiliser un désherbant synthétique, mais comme décrit ci-dessus, ces substances ont un impact dévastateur massif sur la santé du sol et ne peuvent pas être utilisées dans l’agriculture biologique. Au cours d’un voyage en Afrique du Sud, nous avons remarqué l’utilisation de copeaux de bois sur certains vignobles, ce qui nous a inspiré l’idée de les utiliser pour nos oliviers.
Nous entourons les troncs des arbres d’une large et épaisse couche de copeaux de bois de taille moyenne pour bloquer la lumière du soleil et ainsi entraver la croissance des mauvaises herbes. Les copeaux n’empêchent pas seulement l’humidité du sol de s’évaporer, mais aussi, en se détériorant avec le temps, ils forment un excellent engrais.
Après 8 ans d’essais de divers types de bois, nous avons maintenant perfectionné l’art délicat de la pose de copeaux et nous avons développé et construit des machines pour une pose rentable. Cela vous intéresse ? Appelez-nous et nous serons très heureux de partager nos expériences.

IRRIGATION APPROPRIÉE

Les oliviers sont vigoureux et prospèrent dans un environnement relativement chaud et sec, mais ils ont évidemment besoin d’un peu d’irrigation. Nous avons opté pour un système d’irrigation souterrain efficace où l’eau est fournie par nos puits directement aux racines des arbres plutôt que par la superficie autour des arbres.
L’installation de ce système a impliqué de creuser plus de 85 km de tranchées sur une durée de 3 ans, mais le rendement global de cette approche valait l’effort. Nous devons encore découvrir le niveau optimal d’irrigation puisqu’il y a de nombreux facteurs impliqués, mais nous persévérons et espérons réussir un jour.

LUTTE ANTIPARASITAIRE – LA MOUCHE DE L’OLIVE

A ce jour, le plus grand défi est probablement de protéger les olives des effets dévastateurs de la mouche de l’olive. La mouche de l’olive est plus répandue en plein été ; elle incise une olive pour obtenir son humidité et y pond un oeuf dans le processus. L’oeuf se développe en larve qui s’alimente de l’olive. Après quelque temps, l’olive flétrit, devient noire/brune et tombe de l’arbre. N’ayant aucun produit non-chimique face à ce problème, nous avons perdu nos récoltes de 2009, de 2010 et la majeure partie de la récolte de 2011, à cause de cette mouche.
En 2012, nous avons commencé à expérimenter avec une solution d’eau de craie à vaporiser sur les arbres. En espérant trouver des olives vertes, la mouche n’en trouve que des blanches et rentre à la maison sans endommager les olives. Une fois de plus, nous avons expérimenté pendant longtemps avec des doses et des séquences de vaporisations variées, et nous pensons qu’à présent, nous sommes arrivés à nos fins.

AUCUNE SUBVENTION

Au cours de ces dernières décennies, nous avons tous été témoins des ravages provoqués par les abondantes subventions agricoles européennes librement disponibles, sur le volume des produits agricoles, la qualité des produits finis et le gaspillage général associé à la production subventionnée. Ainsi, nous avons fait le choix de financer nous-mêmes le démarrage de notre exploitation et nous sommes devenus des partisans convaincus de l’approche douce, « pas à pas ».